Tirade du houblon

Cet été un Grand-Cru en villégiature

Errait dans son parc du Château Calon-Ségur.

Les beaux jours venus ce grand seigneur de la treille

Vivait en ces lieux pour prendre de la bouteille.

Il venait de quitter sa lie et son humeur

Etait râpeuse encore, il était de bonne heure.

Au détour d’un sentier dans son habit de vair

Surgit un paysan qu’on appelait la bière.

« Passe ton chemin, déshonneur de la boisson,

Avec ton chariot tu crées ici un bouchon ».

« Déshonneur, est-ce tout ce que tu me peux servir ?

Me voilà déçu, il y avait tant à dire

Pour un trésor comme vous que rien ne fait douter.

En variant le ton par exemple, tenez

 

Agressif : moi monsieur si j’avais tant de bulles,

Jamais je n’aurais voulu que l’on m’inocule.

Amical : n’ayez crainte de vous réchauffer

Succulente, vous n’êtes avalée que d’un trait.

Descriptif : il y a au sommet tant de mousse

Impossible à l’écorce en-dessous qu’elle ne pousse.

Curieux : pourquoi monte en vous un tel bouillon ?

Est-ce la création d’un jeune marmiton ?.

Gracieux : la première gorgée est amère

Comme une idylle qui aurait fini hier.

Truculent : vous faites honte aux boissons de fête,

Boirait-on du Champagne dans une canette ?

Prévenant : il ne faut en laisser une goutte

On mettrait l’Allemagne et la Belgique en doute.

Tendre : on vous croirait sortie du meilleur filon

D’aucun ont tué pour n’en avoir qu’un gallon.

Pédant : aimez-vous plutôt la coupe ou la flûte ?

Non ! Pas de cristal, on me boit tout azimut.

Emphatique : quel merveilleux élixir de vie

Il faut un Grâle pour qui veut boire cette ambroisie.

Dramatique : si demain elle quitte la danse

On me retrouvera à la première potence.

Admiratif : c’est Dieu qu’on a mis dans un verre !

Lyrique : Turold aurait du lui dédier ses vers.

Naïf : peut-on dormir sur ce bel édredon ?

Respectueux : une rue aura votre nom.

 

Voilà mon seigneur ce à quoi je m’attendais

En écoutant quelqu’un venu du bordelais.

Vous avez la tenue du plus fin des esthètes

Mais l’esprit seulement d’une pauvre piquette.

Apprenez que l’on peut être une simple bière

Et que rien en ce monde ne nous rendrait plus fier. »

 

V.

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