Une cascade au Laos

Les nouveaux kilos de l’Aspirant Wigniolle pèsent sur la roue arrière de notre Honda Wave 100cc. Le léger faux-plat montant m’oblige à rétrograder en troisième, puis en seconde. La moto en léger surrégime pétarde dans le virage. J’évite les ornières tant bien que mal et me faufile autours des gros cailloux qui jalonnent la chaussée. Je suis satisfait de notre nouvelle chambre à air qui semble tenir le choc cette fois-ci. Un trompe-la-mort nue tête nous frôle sur la gauche et nous envoie au passage une pluie poussiéreuse couleur orange sanguine. Je jure dans ma moustache naissante. J’attends le prochain tronçon de route à peu près plat pour lâcher mon guidon et transformer mon index gauche en essuie-glace de fortune. Ça laisse des traces sur les verres, je bougonne à nouveau.

Je sens mon casque qui se soulève. Par-dessus les tremblements du moteur et du vent, j’entends Thomas qui m’indique une intersection. Il joint le geste à la parole et me pointe un large panneau carré sur le bord gauche de route : « Tad Xecatam ». Je m’engage sur un petit chemin de terre bordé de chaque côté par la forêt tropicale. Nos fesses rebondissent sur les innombrables nids de poules. On en sera quitte pour quelques bleus bien placés.

Le chemin s’élargit enfin en une sorte de rotonde. Un panneau en bois « Parking » cloué sur un palmier nous indique qu’on est arrivé au bon endroit. Nous avisons la seule moto du coin, en tout point identique à la nôtre et nous garons à ses côtés. Les propriétaires de la bécane sont justement sur le point de partir. Thomas engage la conversation pendant que j’effectue machinalement un geste pour le moins inutile ici : j’accroche un cadenas à la roue arrière.

Les belges partis, nous effectuons toutes sortes d’étirements ridicules pour retrouver la sensation de nos postérieurs. Thomas m’explique, sourire en coin, que la descente vers la cascade est « sportive ». J’observe mes pauvres jambes qui n’ont plus servi depuis quelques mois maintenant. Je soupire silencieusement.

La descente n’est pas sportive, elle est périlleuse. Nous découvrons que le sentier est une sorte d’échelle naturelle de 300 mètres qui rejoint la base de la cascade par le chemin le plus court : la ligne droite. Euclide et ses fichus axiomes se bousculent dans ma tête. Heureusement, mon Lieutenant, il s’y connaît en survie, même dans la jungle. Je le soupçonne d’ailleurs de s’être acoquiné avec les services secrets, sinon, à quoi bon aller courir tous les matins lorsqu’on fait le tour du monde avec trois copains… Bon, ça ne l’empêche pas de tomber deux ou trois fois, mais comme on ne sent plus notre derrière, ce n’est pas bien grave.

12325365_10153262695086331_178933466_nLe bruit de la cascade se fait de plus en plus fort. Il éteint celui de nos respirations. La forêt se clairseme, nous touchons au but. A peine avons-nous dépassé la lisière, que le soleil nous tombe dessus comme une chape de plomb. Ma peau rouquine proteste et s’humidifie en un instant. Elle réclame de la fraîcheur, elle veut de l’eau. Ça tombe bien, cent mètres devant nous se dresse une gigantesque cascade qui se déverse massivement dans une vasque circulaire. Le vert sous toutes ses teintes enferme le bleu cristallin de l’eau de source, le gris des roches et surtout le blanc éclatant de l’écume.

La plaine en contrebas est paisible. Le vent s’y engouffre toutefois et plie l’herbe par saccade. Nous pouvons maintenant nous déplacer plus aisément. Nous admirons la nature en silence, béats. Nous sommes seuls, nous sommes chanceux. Nous sautons de rochers en rochers jusqu’à sentir les embruns nous fouetter les joues. Je dois rapidement me séparer de mes lunettes, on y voit gouttes (habile).

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Emportés par notre enthousiasme, nous nous retrouvons vite en tenue d’Adam. J’effectue une sorte de danse de la pluie, heureusement sans succès. La suite est moins glorieuse. Mon gros orteil parti en reconnaissance thermique me fit un rapport pour le moins décevant ; il me conseille de rester sagement où je suis, à rôtir sur mon rocher plutôt que de risquer l’hydrocution (certaine m’assure t-il).

Bon, il paraît que j’ai des origines nordistes, alors je déconseille à mon orteil de jouer les déserteurs et je plonge à la suite du Lieutenant qui trouve l’eau « à la parfaite température ». Je prétexte tout de même un problème urgent pour très vite retrouver la terre ferme. Thomas tentera sans succès d’approcher à moins de dix mètres la cascade, mais la force des flots eue raison de ses biceps, triceps et autres « eps ».

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Je ne vous décris pas la remontée vers la moto ; ce ne fut que larmes et sueur. On essaye de vous concocter une vidéo dans les prochains jours, mais sans l’aide de notre Victor Spielberg, ce n’est pas gagné. En attendant, si un jour vous passez par le Laos, la boucle sud qui part de Paksé vaut vraiment le détour !

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