Père castor, raconte moi une journée

Cet article est une demande de mon pote Greg dans le cadre du KissKissBankBank. Le thème : « Raconte moi d’un point de vue personnel une journée dans le pays qui t’a le plus marqué. » Ayant du mal à trancher, je raconte notre trajet épique de l’Ethiopie vers le Somaliland, il y a déjà trois mois… N’hésitez pas à vous manifester et à nous faire écrire sur les sujets qui vous plaisent. Je rappelle que Clem et Thom attendent impatiemment vos commandes !

Enfin voilà l’Afrique ! La vraie ! Celle de nos contes pour enfants, celle de la National Geographic et d’Arte. Quel bonheur, quel dépaysement !

La journée débute tôt, trop tôt ? 5h selon mon journal de bord.

Andy, jeune éthiopien que nous avons rencontrés la vieille, nous invite à l’Eglise. Difficile de refuser, surtout que les cimetières sur roues qui nous ont servi de bus en Ethiopie nous incitent à un peu de foi.

Nous sommes donc allés à l’église de bon matin. Ou plutôt nous sommes allés autour de l’église. C’est une église orthodoxe, on n’y rentre pas. On se contente d’écouter une sorte de muezzin en croisant pieusement les bras et en tâchant de penser à autre chose qu’au petit déjeuner « mon Dieu, délivre moi de la tentation… ». C’est un beau moment.

En sortant de l’église, il s’est passé un truc rigolo. Après qu’Andy s’est agenouillé pour embrasser le sol devant la vierge comme tout bon orthodoxe doit le faire, Victor et Clément ont souhaité l’imiter. Seulement, avec leurs sacs de 15 kilos sur le dos, d’un vert pétant pour Clément, je crois bien qu’au moment où leurs lèvres effleuraient le sol (berk), ils ont frôlé le ridicule. Thomas et moi nous sommes contentés d’un bon vieux signe de croix beaucoup plus hygiénique.

Et c’est le grand périple !

Parce que les dix heures de la veille ne suffisaient pas, il a fallu s’en coltiner l’équivalent ce jour-là. Nous sommes arrivés vers 6 heures à la gare routière de Dire Dawa. J’avais découvert le jour précédent que ma petite taille avait l’inestimable avantage de me permettre d’avoir le confort suffisant pour piquer un roupillon de dix heures là où mes trois compères comptaient les secondes (36000 tout de même) en se demandant s’ils récupéreraient un jour les fonctions motrices de leurs jambes. Comme je n’ai pas grandi pendant la nuit, j’ai à nouveau passé le trajet jusqu’à Jijiga sans d’autres inconvénients que d’entendre les autres râler.

Plus nous nous éloignons de Dire Dawa, plus nous entrons dans l’Afrique profonde. Nous croisons ça et là des ânes ou des chameaux sur des routes en terre rouge bordées de buissons épineux.

L’arrivée à Jijiga est un vrai choc. Déjà, il fait chaud. Et ce n’est pas négligeable comme détail, à Addis nous étions en pull, à Jijiga, le tee-shirt est presque de trop. Et puis, il n’y a pas que la température, la lumière aussi est chaude, forte, à nous faire plisser les yeux. Presque tout est ocre à Jijiga, le sable au sol est ocre, le torchis des maisons est ocre, les toits et la poussière sur les bus le sont aussi. Heureusement, il y a les couleurs chatoyantes des voiles des nombreuses femmes qui attendent les bus, de vraies belles couleurs africaines, le kaléidoscope complet qui y passe, comme dans les films, comme nous nous les représentons en France.

Je pense que nous avons rarement été aussi vernis pendant notre voyage que ce jour là. Il aurait été très difficile de trouver ne serait-ce qu’une place pour nous emmener à Wuchale, ville frontalière avec le Somaliland, tant les gens se pressent aux fenêtres et aux portes des quelques bus qui s’y rendent. Nous pensions déjà devoir passer la nuit sur place, mais c’est à ce moment là que nous avons rencontré un policier Ethiopien originaire de Djibouti.

« Salut les gars ! Vous êtes marseillais ou parisiens ? »

Homme de beaucoup de swag, armé de sa cane à pommeau, de sa chemise à fleur cintrée et de son badge de policier, il fendit la foule pour nous obtenir quatre places pour deux sièges. Si les pauvres gens qui attendaient leur tour avaient pu nous glisser quelques mots en français, je ne les retranscrirais pas ici.

Malgré l’inconfort de cet énième transport, des jambes qui se touchent, des sueurs qui se mêlent, des pieds qui se tordent, on a tout de même pu sympathiser un peu. Thomas a reçu un bon nombre de demandes en mariage, Victor a eu une étrange relation, je-t’aime-moi-non-plus avec le contrôleur-tyran du bus tandis que Clément et moi nous sommes tortillés pour faire circuler et notre sang et le bus – nos sacs ayant la fâcheuse tendance d’empêcher le conducteur de passer ses vitesses. Mais dans ce bus on a surtout fait la rencontre de Mohamed.

Mohamed c’est un personnage. Il est éthiopien mais un peu somalien quand même. Il porte une Djellaba et une google watch au poignet gauche. Il a voyagé un peu partout, en Italie longtemps, mais aussi en Afrique : Kenya, Tanzanie, Ouganda… Il parle d’ailleurs le somali, l’amharique, l’arabe, l’italien et le swahili. Il a soixante ans mais il n’aime pas qu’on lui demande son âge (oups), a deux femmes et neuf enfants. Un de ses enfants vit à Boston (la classe), un autre est dans un camp de réfugié italien après être passé par la Lybie. Drôle d’oiseau que notre Mohamed.

Mohamed nous a fait passer les contrôles d’immigration, côté éthiopien et côté somalilandais, il nous a emmenés dans un hôtel afin d’y déposer nos affaires, il a appelé Abdishakur (notre nouveau patron) pour lui donner rendez-vous, il nous a emmenés manger du chameau avec les doigts et a attendu avec nous l’arrivée d’Abdishakur tout en nous offrant le thé. Un bon gars vraiment.

Courte parenthèse sur le chameau : c’est pas mal. Surtout la bosse, morceau de viande blanche, qui ressemble a du gras, qui a le goût d’un bout de gras, mais quand on sait que c’est de la bosse de chameau, bah on se précipite dessus et on fait « mmmmmmhhhhhh » quand on la mange.

Après deux nouvelles heures de voiture, une succession de check-points, une drache digne du Pas-de-Calais un 12 janvier (really Somaliland !?), et une route droite et piégeuse qui s’étend à perte de vue, nous sommes enfin arrivés à Hargeisa ! Quel bonheur de découvrir la ville, ses rues défoncées et vides, ses magasins fermés, ses femmes dont on ne voit que les yeux, son supermarché qui n’a de super que le nom, on sent qu’on a choisi une destination de rêve pour notre premier mois de voyage.

Mais on est tout de suite rassurés par l’accueil chaleureux de ceux qui deviendront par la suite nos potes Abdishakur, Abdirashid et Mohamed. Ils nous emmènent dans un des meilleurs restaurants de la ville et nous mettent tout de suite à l’aise. On a hâte de commencer… Lundi ? … Bah non, ici c’est le calendrier musulman, le week-end c’est vendredi. Demain, réunion à 9h30. « Happy Sunday little christians ! »

J’écris cet article depuis la Thaïlande, déjà trois mois que nous avons quitté le Somaliland, mais tout ce périple résumé en 1000 mots en valait vraiment la chandelle et si quelqu’un veut un jour passer quelques jours à Hargeisa, n’hésitez surtout pas, vous saurez où dormir.

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