Alors, plutôt Boda-Boda ou Matatu ?

Chaque matin, c’est la même rengaine. Le coq a à peine chanté que l’Aspirant Wigniolle a déjà fait deux footings, finit sa toilette et envoyé quatre mails. L’espèce de surhomme barbu s’impatiente alors qu’il voit la trotteuse marquer 6 : 30. Il tambourine donc à nos portes, nous tirant sans ménagement des bras de Morphée. On a beau s’accrocher à la moustiquaire, rien n’y fait.

Clément et Victor négligent la douche et préfèrent s’en griller une de bon matin*. Rien de mieux qu’un peu de cancer pour bien débuter la journée. Je les rejoins sur la terrasse, sans un regard, sans un sourire, ni même le moindre bonjour. Mes cernes tardent à s’estomper, j’enchaîne pourtant ma troisième tasse de café. Thomas trottine tranquillement dans la cour en beuglant des chants militaires… Oh mon lit, que tu me manques.

Bon, on n’est pas des monstres asociaux non plus ; alors à partir de 7h on commence à échanger quelques mots. C’est sûr qu’on fait plutôt dans le monosyllabe, mais faut nous comprendre, on pensait partir un an en vacances à se dorer la pilule sous les cocotiers et voilà qu’on doit être à 8h au boulot.

Notre vie devient encore plus compliquée lorsque l’on fait face au premier gros dilemme de la journée. Boda-Boda ou Matatu. Je vous explique.image (5)

Le Boda-Boda est ce que l’on appelle en France, sans imagination aucune,  « le taxi-moto ». C’est un bolide rouillé de 125 centimètres cube qui peine dans les montées mais qui avale les descentes à toute berzingue et au point mort. La meule est généralement taillée pour accueillir trois postérieurs ; le troisième risquant toutefois de cuisantes surprises lors des passages de dos-d’âne – rapport à une sournoise barre de fer qui attaque méchamment le coccyx au moindre soubresaut.

L’avantage du Boda-Boda c’est la vitesse ; on relie notre appartement au bureau en vingt petites minutes. Le pilote est le plus souvent un croisement entre un Valentino Rossi fatigué et un Jean-Baptiste Grange déchaîné. Autrement dit, c’est un virtuose du slalom, un maître de l’évitement, un as du détour. J’imagine que ce trompe-la-mort n’a pas eu le droit à la petite visite de courtoisie à l’hôpital de Garches.

 image (6)Pour ajouter du piment et se jouer un peu plus du bon-Dieu, on omet le casque lorsque l’on enfourche un Boda-Boda. Le gros point positif, c’est que l’on profite en toute impunité de la vue de Clément, cheveux au vent, le regard rivé sur l’horizon, ténébreux à souhait. Le revers de la médaille, c’est qu’il n’est pas certain que le sol soit plus mou à Kampala qu’à Paris. (Soit-écrit en passant, il y en a un qui se fout bien de notre ***** sur la photo de gauche…)

A l’autre extrême, il y a le Matatu.

Le matatu est à la tortue ce que le Boda-Boda est au lièvre. C’est une espèce de char Toyota qui nous lance inlassablement le défi, au combien excitant, de réussir à toujours faire rentrer une personne de plus et qui nous pousse malgré nous à nous poser ce genre de questions emplies de lassitude : « entre nous, a-t-on vraiment besoin que nos deux fesses soient en contact avec le siège ? Somme toute, le siège n’est-il pas superflu ? »

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Ah, que j’aime le matatu ; sa lenteur, sa chaleur, ses odeurs matinales. Le matatu, c’est la promesse de passer une heure dans les embouteillages, c’est l’assurance d’arriver en retard au bureau, c’est la joie de découvrir le galbe d’une nouvelle épaule où poser sa tête pour roupiller tranquillement. Quel cocktail détonant qui agit sur moi comme une madeleine et qui me ramène pour une heure seulement dans le bon vieux RER A, bloqué gare de Achères-Ville, entre Nanterre et Cergy-Préfecture.

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Détail non négligeable, notre trésorier aux poches parfois cousues ajouterait que le matatu est trois fois moins cher que le Boda-Boda et que 20 centimes + 20 centimes, bah ça fait toujours 40 centimes. Un raisonnement sans faille.

Vous vous demandez certainement si on a réussi à trancher dans la couenne de ce gros problème. Pas de suspens excessif : on a trouvé la solution idéale. Et cette solution, c’est Henry.

Henry, c’est notre chauffeur privé qui conduit pour nous quatre un « living saloon » plus spacieux qu’un matatu, plus stable qu’un Boda-Boda et qui surtout (parce que faut pas déconner) ne nous oblige pas à partager notre espace au combien vital avec autrui. Je ne vais pas vous raconter de carabistouilles, je crois que le sentiment de honte nous a titillé un moment. Mais bon, finalement, on est consultant ou on ne l’est pas.

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Et pendant que Victor ronfle dans le « living saloon »…

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… certains travaillent…
*Depuis l’écriture de cet article, Clément a arrêté de fumer, il consomme maintenant une quantité étonnante de Lollypops locales.
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5 réflexions sur “Alors, plutôt Boda-Boda ou Matatu ?

  1. J’aime beaucoup Arthur, d’abord pcq tu m’y replonges dans cette belle Kampal’s, mais surtout pcq la plume est déliée et les saillies humoristiques fines et nombreuses. Abreuve donc

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  2. Pourrait-on m’expliquer : sur la photo de Victor en train de dormir, dont la légende sous-entend qu’il n’aide pas lorsque votre voiture est embourbée, on peut voir un paysage défilant en arrière-plan ce qui indique qu’à ce moment précis la voiture est en mouvement; est-ce une erreur de votre part? Essayez vous sinon de nuire gratuitement et sans raison aucune à la réputation de Victor? Merci pour vos éclaircissements futurs.

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  3. Bravo Arthur pour ce récit vivant et plein d’humour. Quelle aventure! On ne se lasse pas de vos articles que l’on lit bien confortablement installés dans notre canapé ici à Montréal. On en redemande! A tout bientôt alors.

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  4. je suis à fond Boda-Boda et j’adore comment Arthur nous donne du plaisir à lire un océan de mots sur juste un bolide rouillé… bonne route, c’est passionnant votre aventure (utile)
    Véronique

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  5. Je lis,je vis et surtout je ris.
    Te voila pour l’écriture a la hauteur de votre chauffeur de boda boda.
    Merci de ce bon moment passer en votre compagnie a tous.

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